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KEEPIN(G)TOUCH

gallerie artcore, 2007

 

 

Une des premières démarches artistiques d’Etienne de Fleurieu fut d’enregistrer le ciel avec sa caméra. Il restait des heures durant allongé dans l’herbe afin de figer le mouvement des nuages et de rêver, afin d’enregistrer l’immatériel. Filmer le ciel, c’est comme filmer le feu, une sorte de rien qui permet de laisser dériver son inconscient.

 

Ces bandes de film 8 millimètres étaient ensuite minutieusement collées et assemblées en tableaux. S’il travaillait sur le temps en exerçant une pratique répétitive et en évoquant la mémoire de ce qu’il avait vu, Etienne de Fleurieu s’intéressait surtout à la notion de liberté. J’ai découvert plus tard son travail par des gravures reproduisant des papillons et une installation où une grille enfermait un papillon bleu. Poétique et aérienne, elle évoquait l’œuvre de l’artiste allemande Rebecca Horn, bien que le jeune français ne s’y réfère pas directement. «L’idée du papillon est à rattacher à celle du rêve. Je trouve que c’est l’être le plus libre et le plus éphémère qui soit et qu’il représente une bonne définition du rêve.»

 

Par contraste, il s’est rattaché dans ses dernières pièces au toucher, au contact et à la main. Un grand format représente deux mains dessinées immenses, comme si un géant s’était accolé à la feuille. Les sculptures en bronze, à taille réelle, reprennent les formes des mains qui s’accrochent, se happent, se collent. Une main se love dans l’autre, une main ferme une bouche, une main se pose sur un téton, une main clôt un oeil. Le spectateur de ces œuvres est d’ailleurs invité à participer puisque ces sculptures sont comme en négatif. Ayant moulé uniquement l’intérieur, le creux de sa main, l’artiste pousse l’autre à «compléter» cette scénographie. Il veut renouer avec l’idée de se tâter, se goûter. Il expérimente le rapport sensoriel à autrui, constatant qu’on peut se regarder, se parler et s’entendre, mais dès que le toucher intervient, il induit une connotation plus sexuelle. Quand il en parle, Etienne de Fleurieu évoque aussi les sons des doigts qui tapotent sur le corps ou sur une joue tendue lorsque la bouche est ouverte.

 

Finalement lié à l’organique, ce travail sur l’empreinte avait démarré aux Beaux Arts de Paris lorsqu’il était l’élève de Giuseppe Penone. Il avait alors conçu des empreintes de coeur, de nombril, de pied qui reformaient ensuite une sculpture partielle, fragmentée du corps. Après le passage plus froid et plus scientifique des films sur le ciel, il se réapproprie ses premiers centres d’intérêt dans une démarche très instinctive et atemporelle. Il ne se rattache à aucune communauté artistique, ne dénonce aucune actualité et réalise un corpus totalement auto-centré. Regarder les œuvres d’Etienne de Fleurieu, c’est aussi se recentrer sur soi, au niveau de son inconscient, et aujourd’hui au niveau de son corps.

 

Marie Maertens

CRYSTALLIZATION OF TOUCH

Bronze à cire perdue réalisé à la Fonderie Coubertin.Taille réelle

HUSH 2

COLLECTION AGNÈS B.

HUSH 

COLLECTION AGNÈS B.

SOUFFLE

waving wind

DESSIN A LA MINE DE PLOMB