detonation & resonance

art 22 gallery, bruxelles 2014

 

 

En 2009, fasciné par l’emprise du hasard et la sonorité de la percussion, Etienne de Fleurieu crée sa première oeuvre à l’aide de coups de fusil, “Killing Time”. Cette pièce majeure présentée à l’exposition reprend les traceurs de son oeuvre. Des bandes de pellicules cinématographiques 35mm choisies au hasard ont été soigneusement collées sur papier noir afin de rendre obscure la scène filmée et ensuite criblées de centaines de plombs de chevrotine. L’artiste apposa ces écrans perforés sur un imposant lightbox qui traduit la véritable portée de l’oeuvre : un cosmos infini et profond, d’une temporalité absente et vertigineuse.

Cette oeuvre essentielle présentée pour la première fois à la JTM Gallery de Paris et ensuite à la galerie agnès B, est le point de départ des oeuvres proposées aujourd’hui.

Les grandes “Shotgun Symphony” réalisées sur papier canson 330 gr blanc illustrent de vastes champs musicaux ponctués sans fréquence régulière ou ordre établi de centaines de perforations, dont certaines présentent encore sur leurs crêtes les oxydations vertes des billes de plomb tirées au fusil de chasse. Les détonations des coups de feu sont presque encore audibles tandis que le spectateur découvre la multitude de notes de musique tracées par l’artiste à l’encre noire à partir de chaque perforation. Se sentir transporté ou trans- percé, ressentir la partition nuageuse ou la douce violence des lointains coups de feu. Les lectures sont doubles. L’oeuvre se découvre en plusieurs temps : éloignée, elle semble être une surface lunaire avec ses reliefs et cavités dus aux zones d’ombre créées par les concentrations des notes de musique.

detonation & resonance 5

 

L’artiste réalise également selon le même procédé des oeuvres de plus petit format, des cibles colorées et perforées. Appelées “Detonation & Resonance” ou “Composition”, elles illustrent de façon pertinente la partition musicale née du hasard, constituant de ce fait un hommage indirect à la philosophie du coup de dé chère à Stéphane Mallarmé.

Sur une cible imprimée constituée d’une multitude de cercles concentriques définis comme “portées musicales”, Etienne de Fleurieu vise et tire. Une grêle de plombs transperce la feuille et rehaussées d’encre noire, les perforations deviennent notes et croches d’une symphonie unique. Au delà de l’appréciation purement esthétique de l’oeuvre graphique, l’artiste la dôte d’une dimension musicale effective en déchiffrant la partition ainsi créée via un outil informatique vidéo. La partition est jouée sur un fichier vidéo : une ligne de radar virtuelle balaie dans un mouvement circulaire et continu la cible scannée. A la moindre détection de perforation par la ligne, la sonorité attribuée par l’artiste se fait audible. L’artiste réussit la jonction entre l’art graphique et la musique, à l’instar d’un Marcel Duchamp qui apporta à ses roto reliefs une troisième dimension par le mouvement rotatif de ceux-ci.

 

Didier Brouwers

 

vidéo detonation & resonance

detail shotgun symphony

video nocturne